Pas de jours fériés pour le capitalisme !

Qui peut encore croire que les jours de repos existent ? Le 11 novembre, sensé être un jour férié et de commémoration, n’échappe pas à la règle. La liberté d’expression du capitalisme est totale : aujourd’hui les super- et hypermarchés sont ouverts tandis que les politiques fanfaronnent sur les Champs Elysées en rêvant d’une Europe libérale unie.
Pas d’armistice avec la démagogie
En ce mercredi 11 novembre 2009 N.Sarkozy a accueilli à Paris la présidente allemande A.Merkel “pour commémorer l’armistice de la première guerre mondiale”, me direz-vous. Pourtant il nous a encore gratifié d’un propos vide de sens dont il a le secret en s’exclamant :
“En ce 11 novembre nous ne commémorons pas la victoire d’un peuple contre un autre mais une épreuve qui fut aussi terrible pour l’un comme pour l’autre.”
Le président est coutumier de ces sorties insignifiantes abondamment relayées par des médias en quête d’information : à l’entendre parler on comprend mieux pourquoi X.Darcos, ministre de l’Education Nationale alors, avait proposé dans sa réforme des lycées en 2008 d’enlever l’histoire-géographie du tronc commun en première (1-)…
A ce titre ces paroles présidentielles sont exemplaires de la culture historique attendue pour les générations futures, par contre on insiste l’apprentissage approfondi des langues étrangères (2-), un apprentissage nécessaire en soi, alors qu’on s’emporte passionément au ministère de l’Education nationale : “les langues étrangères sont indispensables pour être un acteur du monde d’aujourd’hui”, “[elles] sont un des principaux critères de sélection pour accéder aux filières d’excellence et à l’emploi”. Bref la réussite en société passe par les langues, c’est-à-dire la vie dans son époque, dans la mondialisation, cette machine qui broye actuellement l’être humain.
Et les politiques sont là, même un jour de commémoration nationale, pour nous rappeler que l’avenir se joue maintenant à une échelle supranationale, avec LEUR Europe.
De l’amitié franco-allemande à l’Europe libérale, il n’y a qu’un pas
Un journal (3-) voit dans la posture des deux chefs d’Etat “un écho” à F.Mitterrand et E.Kohl se tenant la main, un 11 novembre rappelant 1984 et l’amitié franco-allemande symbolisée par deux personnalités se tenant la main. Il n’en est rien en 2009 : tout cela relève plus de la mise en scène que de la symbolisation d’une amitié. Les propos du président français peuvent appuyer ce constat :
“L’amitié de l’Allemagne et de la France est un trésor. Nous devons à nos parents qui ont tant souffert de tout faire pour préserver et faire fructifier ce trésor”.
Ce n’est pas anodin qu’un président libéral qualifie de “trésor” ce qui relève plutôt des affects humains : on peut alors s’inquiéter de la suite quand il affirme vouloir “faire fructifier ce trésor”. L’amitié franco-allemande devrait-elle être côtée en bourse ? N.Sarkozy ne va pas jusque-là, par contre il tire profit de la situation pour montrer aux yeux du monde un cohésion européenne que symbolisent l’Allemagne et la France.
“Nous partageons les mêmes valeurs, la même ambition pour l’Europe, la même monnaie”, s’exprime-t-il vivement, une position que rejoint la chancelière outre-Rhin : “Nous devons défendre nos valeurs – la démocratie, les droits de l’homme, la solidarité européenne et le partenariat transatlantique. Voici notre mission”.
Tout cela sent la mascarade politique : les chefs d’Etat adoptent un discours très proche, une pensée uniforme qui vise “le partage” et “la défense” de valeurs par tous. Par tous ? Prenons l’exemple de l’Europe, et la supercherie politique se révèle alors : côte à côte, deux chefs d’Etat défendent LEUR Europe au nom de leur peuple respectif et légitiment leur Traité de Lisbonne par une prétendue légitimité populaire (“nous partageons [...] la même ambition pour l’Europe”). Il est temps de rappeler une énième fois aux esprits formatés par la propagande politique qu’à chaque fois qu’un référendum, excellent moyen de vérifier l’adhésion d’un peuple à un projet politique, a eu lieu, cela s’est soldé par un Non face à LEUR Europe : 2005 avec la France et les Pays-Bas puis 2008 avec l’Irlande.
Inutile de préciser que dans ces circonstances nos dirigeants font preuve d’une hypocrisie exemplaire quand ils affirment “défendre nos valeurs” : la démocratie est impossible sans adhésion populaire, les droits de l’homme se sont arrêtés au seuil des prisons françaises, la solidarité européenne est un concept élitiste défini par les puissants pour faire croire à une Europe soudée, enfin le partenariat transatlantique est une douce expression pour désigner l’assimilation du système capitaliste américains par tous les états européens à court ou moyen terme pour les états de l’Est.
Les défenseurs du capitalisme ne prennent pas de repos, même un jour férié !
1- http://www.politique.net/2008100601-comment-xavier-darcos-compte-supprimer-davantage-de-postes-de-profs.htm
2- http://www.education.gouv.fr/cid49210/vers-un-nouveau-lycee-en-2010.html#Pour une orientation plus ouverte
3- http://www.lexpress.fr/actualites/2/sarkozy-et-merkel-celebrent-l-entente-franco-allemande_827690.html
